Des gâteaux, des livres, des idées : Anne et Sophie / Les copines invitées #4

Vous est-il déjà arrivé de vous taper un délire avec des amis du style « si j’en avais le courage / l’occasion / l’argent, je lâcherai tout pour créer ma boîte ». Moi perso je me souviens d’un plan que aimions particulièrement : créer une « librairie-crêperie-garage-fleuriste ». Je pense que ce projet ne se concrétisera jamais mais je l’ai gardé depuis tout ce temps quelque part dans un coin de ma tête. Alors quand j’ai appris que Anne, une copine des années collège, et Sophie l’une de ses amies se lançaient dans l’aventure d’une librairie-salon de thé j’ai tout de suite ouvert grand mes oreilles et attendu avec impatience la concrétisation de leur idée. Cette semaine elles ont ouvert un projet sur la plateforme kisskissbankbank pour aider à trouver la fin de leur financement pour la création du Terrier. C’est l’occasion pour moi de les interviewer. Ce sont des filles formidables pleines d’énergie et cela vaut vraiment le coup de les aider à concrétiser leur rêve.
Le Terrier

1) Quelle copine, mère et femme, êtes-vous ?
{Anne} Je ne suis pas mère. Je ne souhaite pas procréer, mais si j’éprouvais l’envie d’élever un enfant, j’essaierais d’adopter plutôt. Disons que je préférerais laisser sa chance d’abord à un enfant qui est déjà là… En amitié, comme je suis assez sociable, on peut dire que je réponds assez bien aux critères de la bonne copine. Toujours partante pour un concert ou un petit dîner. Je peux être un peu étourdie et hélas, je crains qu’on puisse y voir de l’égoïsme, mais en réalité je suis très soucieuse de mes amis. D’ailleurs je peux me montrer redoutable en cas d’attaque d’une personne que j’aime ! Je suis une femme assez audacieuse parfois, mais je manque cruellement de confiance en moi. Je suis une jouisseuse et une fonceuse qui part du principe qu’on a qu’une vie : je n’en fais qu’à ma tête ! Je me soucie peu des remarques désobligeantes des autres, et je n’ai jamais de regrets. J’ai absolument horreur des clichés.
Anne

{Sophie} Je suis la copine qui apporte le dessert, celle qui est là pour écouter, celle qui passe en mode protection quand il le faut, celle qui a toujours une histoire de loose a raconter. Je suis une femme indépendante, une de la génération 80 qui croit qu’il est possible de tout avoir, une qui pense qu’il est bon d’avoir 30 ans. Et je ne suis pas une mère, je n’en ressens pour le moment pas le besoin.
Sophie
2) Vous êtes en train de monter un projet de librairie / Salon de thé appelé le Terrier. Comment ce projet a-t-il vu le jour ?
{Anne} Je suis libraire depuis une dizaine d’années maintenant. J’ai travaillé dans des enseignes plus ou moins grandes, prestigieuses ou spécialisées. En dernier lieu j’étais en poste au Virgin Grands Boulevards. La fermeture des magasins et le licenciement économique qui en a découlé fut l’occasion de concrétiser ce vieux fantasme. J’ai 35 ans, je me sens prête. Mais bien sûr, je suis aussi du coup très lucide sur le marché du livre et de la culture. C’est pour cela que coupler la librairie avec une activité plus porteuse m’a semblé plus prudent. Je connais Sophie depuis plusieurs années, et je la connais surtout très bien, puisque nous avons même été colocataires pendant un an. Nos caractères se complètent et nous savons communiquer. De plus elle a déjà l’expérience de la création d’entreprise et elle fait les meilleurs cookies de la Terre. Il m’a parut évident de lui proposer à elle de se lancer dans cette aventure.

{Sophie} Lorsque j’avais 20 ans, j’ai eu l’idée de monter un salon de thé mais je le voulais couplé avec une autre activité. Je voyais quelque chose d’un peu fou, la librairie est passée a un moment dans la liste. Je n’avais alors pas les moyens, j’ai donc rogné mon rêve et j’ai ouvert un bar à salade à 25 ans. Je n’étais pas suffisamment préparée mais au lieu de voir ça comme un échec, j’ai décidé que c’était une leçon. Il y a 2 ans, Anne est venue me voir pour me proposer son idée et me demander de m’associer avec elle, le rêve était de nouveau devant moi.
une librairie-salon de thé

une librairie-salon de thé

3) Qu’est-ce qui vous a fait passer de l’état de rêve à la réalisation concrète ?
{Anne} Il y a tellement d’étapes dans la création d’entreprise que c’est difficile à dire… La fermeture de Virgin y est forcément pour quelque chose. C’était LE moment. Il y a eu la discussion avec Sophie bien sûr, le moment où elle a accepté l’association. La première visite sur le site de l’APCE et l’ouverture d’un nouveau document word qu’on nomme « business plan »… Je crois que psychologiquement c’est à ce moment là que j’ai réalisé ce que je faisais. Plus largement, faire de mes rêves quelque chose de concret, ce n’est pas la première fois que ça m’arrive. J’avance dans la vie comme sur un Chemin, pas à pas, mais en toute confiance en ce qui m’entoure ; tout se met en place naturellement, et les choses qui doivent se faire se font !

{Sophie} J’avais toujours en tête l’idée de me relancer quand Anne est venue me voir. J’étais salariée à l’époque, manager dans une grande enseigne et sans être malheureuse dans mon travail, je n’y étais pas épanouie. La fermeture du magasin où travaillait Anne était l’occasion de se lancer.
Anne_Sophie_01
4) Pour la constitution du stock de livres, vous faites un appel à don via la plateforme kisskissbankbank, comment avez vous décidé de faire cette démarche ?
{Anne} J’ai découvert ce site par une amie musicienne (Macha Gharibian) qui a financé une partie de l’enregistrement de son dernier album par ce biais. Cela se fait de plus en plus et Sophie et moi aimons bien ce concept.
KissKissBankBank, comme la plupart des site de crowdfunding, permet de mettre en contact des porteurs de projets avec des internautes désireux d’aider à leur financement. Mais c’est plus qu’une collecte de fonds. C’est aussi un moyen de se faire connaitre, d’échanger autour du projet, de développer de nouvelles idées, de rencontrer d’autres porteurs… Lancer son projet sur KissKiss est assez simple : il faut le présenter avec soin, rédiger une petite biographie, définir précisément à quoi servira la collecte. Le montant est choisi scrupuleusement : en effet, si le porteur n’atteint pas la somme en question, il ne touche rien, et les donateurs sont remboursés. On doit également définir la durée de la collecte. Nous avons décidé d’étaler la notre sur un mois. Enfin, il faut choisir des contreparties à remettre aux donateurs en fonction des sommes allouées. Ça peut devenir un petit casse-tête, mais ce n’est pas si difficile. Le but est que tout le monde s’y retrouve. Notre plus faible contrepartie est une invitation à notre soirée d’inauguration et un marque-page personnalisé. Pour quinze euros de plus, on ajoute un cookie, etc. Au final, à force de cumuler les paliers, un donateur généreux qui propose plus de 150 euros gagne pleins de choses différentes. La difficulté est de trouver des contreparties qui soient à la fois représentatives de notre projet, symbolique d’un échange sincère, honnête, mais dont le prix de revient ne soit pas trop élevé (le but est quand même de collecter des fonds dans un but précis !) C’est pour cela que nous ne proposons un livre qu’à partir de 75 euros : la marge sur la librairie est très faible par rapport à celle de la restauration.

{Sophie} J’ai découvert ce système avec mymajorcompagny qui aide au financement des disques. Puis j’ai vu des films se monter via d’autres plateformes et au final je me suis dit « et pourquoi pas nous? ». Après avoir fait le tour des différentes plateformes existantes, kisskissbankbank nous a paru être celle qui semblait la plus à même d’accepter notre projet. Et nous avons eu raison, nous sommes même dans la sélection des projets préférés du site.
Anne'
5) quels conseils pourriez-vous donner à celles qui souhaitent se lancer dans de tels projets ?
{Anne} S’armer de courage, et parler de son projet à tout le monde ! Au début on se dit « mais si on me piquait mon idée… » mais en fait on a peu de risque et énormément à gagner à entrer en contact avec des personnes susceptibles de nous aider. Il faut aussi se montrer patient et à chaque étape, même minime, se poser systématiquement la question « est-ce que j’ai le droit de faire ça ? » : la France est un pays très procédurier et où les normes sont multiples (et se contredisent même parfois !) on a parfois des surprises pour des choses qu’on ne pensait pas importantes… Une fois mon commerce ouvert, je compte proposer à la Chambre de Commerce ou à l’APCE de mettre mon business plan ou mes coordonnées à disposition des créateurs d’entreprise, c’est difficile de trouver des réponses et des modèles concrets…

{Sophie} La réflexion est essentielle. C’est sans doute la raison pour laquelle mon premier projet n’a pas fonctionné, il faut prendre le temps de penser à tout. Il faut aussi être prête à moins dormir, à être souvent angoissée, à baigner dans l’administratif, à avoir parfois l’impression d’être dans la maison des fous des 12 travaux d’Asterix. Il faut garder son objectif en tête, toujours et ne jamais baisser les bras. Il y aura des dizaines de difficultés qui surgiront, il faudra pouvoir les affronter. Se lancer, c’est dur, vraiment. Mais au final ça vaut le coup, forcément.
Sophie'
6) en dehors des livres et du Terrier, à quoi consacrez-vous le temps qu’il vous reste ?
{Anne} Je suis passionnée de danse. Je pratique d’ailleurs la danse contemporaine avec un immense plaisir. Ce sont les seuls moments où je parviens à être suffisamment concentrée pour oublier complètement Le Terrier, et mine de rien, c’est essentiel ! Se reconnecter avec son corps, s’exprimer pleinement à travers lui, viser la grâce… J’aime aussi beaucoup la couture (la reconstitution historique notamment) et les balades en pleine nature mais j’ai moins l’occasion de m’adonner à ces loisirs. Mais surtout je m’intéresse vivement à l’éthique animale. Je suis vegan et milite tant que je peux pour la protection et la reconnaissance des droits des autres espèces. Hélas, c’est un combat compliqué, délicat et chronophage, je regrette un peu de ne pas pouvoir m’investir plus. Enfin, je consacre aussi et bien sûr le temps que je peux à mon amoureux, à ma famille et à mes amis ! Mais cela me parait tellement vital que je ne sais même pas si c’est nécessaire d’être mentionné !

{Sophie} Je lis beaucoup, en ce moment je me suis mise à la science fiction, c’est un domaine que je n’avais pas encore abordé. Je peux vous conseiller « La Horde du Contrevent » de Damasio, c’est un livre magique, l’histoire, le style, la façon d’écrire, cet auteur est fou dans le bon sens du terme.


7) Pour finir, si vous ne deviez garder que 3 objets dans vos sac à main ce serait ? 
{Anne} Mon agenda et mon portable ne me quittent évidemment jamais en ce moment ! En troisième lieu je dirais peut-être un petit flacon d’huile essentielle de petitgrain bigarade, que j’utilise pour ses vertus apaisantes, ça réduit l’anxiété !

{Sophie} En ce moment j’ai l’impression d’avoir mon téléphone greffé dans une main et mon ordinateur dans l’autre. Mon 3eme indispensable est mon rouge à lèvres « décideur » de chez Lush. Le nom convient bien en ce moment !!!

Pour finir, si jamais vous avez vous aussi rêvé un jour de vous mettre à votre compte, d’ouvrir votre boutique, de vous lancer dans cette aventure un peu folle, n’hésitez pas et courrez aider Anne et Sophie à concrétiser leur rêve.

Une réflexion au sujet de « Des gâteaux, des livres, des idées : Anne et Sophie / Les copines invitées #4 »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s